· 

Le Cloud Gaming, une solution vraiment "innovante" ?

À quand un cloud gaming qui passe au vert ?

Vendredi 7 Juin 2019, Google annonce le lancement de Stadia, une nouvelle solution de « cloud gaming » qui héberge dans les nuages, ou dans le « cloud » si vous préférez, la puissance apparemment équivalente d’un PC surpuissant. Ce tout-en-un percute les célèbres consoles de salon (le fameux trio Xbox/PS4/Switch), au profit d’une technologie qui deviendrait accessible à tous, du moins en théorie... Il nous semble primordial de revenir sur le concept même de cloud gaming, d’interroger cette nouveauté pour mieux en comprendre l’impact en société de cette technologie.

Des consoles de salon aux data centers

Le cloud gaming est arrivé sur le marché en 2009 avec le service Onlive. Cette petite révolution a remis en question le système économique alors basé sur l’achat de jeux et consoles matériels. Racheté par Playstation, Onlive marque donc cette première étape dans l’histoire du jeu vidéo “en ligne”. Mais si la direction de Playstation était déjà ambitieuse dans ce projet, la formule n’a pas su convaincre de suite. On peut dire que le problème principal en 2009 est finalement le même qu’aujourd’hui (dix ans plus tard !) : la connexion internet est souvent insuffisante pour jouer. La 5G saura-t-elle convaincre les gamers de passer à Google Stadia ou à d’autres plateformes de cloud gaming ? Pourra-t-on profiter des offres exclusives en pleine campagne (vive le parisianisme périurbain, hein) ? D’autres problèmes de taille sont aussi à soulever : le cloud gaming nécessite une forte puissance d’alimentation et de stockage car les données sont envoyées dans des datas centers. Ceux-ci traitent vos données à la place de vos machines : vous pourrez bientôt jouer à Fortnite sur l’ordi de votre maman… mais comme on vous disait, ça sera à condition d’avoir une forte connexion internet… Vous voyez le paradoxe ? Autre questionnement : les data centers peuvent utiliser jusqu’à des dizaines de mégawatts. La technologie et l’écologie se retrouvent une fois de plus en opposition : adieu la low tech - vive la connexion à haut débit et la fibre pour jouer dans un monde que vous aidez à polluer.

La quête de la « performance » répond-t-elle aux attentes des gamers ?

L’annonce de Google, puis celle de Sony et Microsoft une semaine plus tard à l’E3, ont le mérite de rassembler les joueurs autour du critère symbolique de la performance. Pourtant Stadia s’aligne avec ses concurrents (Shadow et Nvidia) en assurant un service sur une connexion de 10 mb/s pour une qualité de 720p. Un joueur confirmé sera satisfait par ce service bien qu’il possède déjà une configuration presque similaire, mais qu’en est-il des autres ? L’Agence Française du Jeu Vidéo distingue le joueur « hardcore » du joueur « casual » qui représente 45% de la population américaine. La manette, objet “vieillot” du jeu vidéo (demandez aux joueurs de smash sur switch qui vénèrent encore et toujours la manette gamecube) répond à cette problématique en rassemblant tous les geeks qui ont tous eu cet objet mythique au moins une fois dans leurs mains. Google, en faisant le choix de designer une manette pro pour Stadia, traduit sa volonté de s’inspirer du retrogaming : de la console, on ne gardera que la manette ; pour le reste il n’y aura que des écrans. C’est pourtant bien paradoxal (là aussi) quand on sait que les gamers manient la souris avec une vitesse et une précision stratégique bien supérieure à la manette. Mais pour Google, c’est aussi une manière de matérialiser l’immatériel, le “cloud”. Plus de cartouches de jeux, plus de plaisir à filmer ses unboxing ou même à ouvrir un cadeau à Noël. Pour innover et construire un produit « mastodonte », il faut passer par un recyclage de l’ancien pour faire du nouveau.

Quand l’exclusivité rencontre la complexité, que reste-t-il ?

En acheminement cette réflexion sur la technologie du cloud gaming, il est possible de faire un premier constat. La nature, bouleversée par des mètres de câbles sous-marins, est mise de côté par le cloud gaming. La construction de data centers (à Paris, la mairie a ouvert son propre centre en mai dernier)  évince le paysage et l’environnement. Par son impérialisme, Google profite d’une tendance pour s'enrichir et générer un pic agressif de ventes. John Justice, Vice Président Produit de Google, a annoncé un abonnement à la hauteur de 9.99$ par mois, un pack avec une manette en édition limitée, 3 mois d’abonnement offert, 3 mois de pass à partager avec un ami, Destiny 2 et une réservation de pseudo. Au final, le fidèle pack de la console de salon revient encore derrière un design novateur caché dans les nuages… mais pour des gamers avertis, qui devront d’abord installer la fibre.

Co-écrit avec Dylan Chomé

A découvrir également...

Écrire et produire pour la réalité virtuelle

1er juillet 2019
De la gestion de projet numérique dans la sphère du patrimoine et de la culture... lire la suite


Pokémon, encore et toujours le même ?

24 juin 2019
Savoir qu'on n'a plus rien à espérer n'empêche pas de continuer à attendre. [Marcel Proust] lire la suite


lutter face à la datafication du monde

3 juin 2019
Je n’ai pas peur des ordinateurs. J’ai peur qu’ils viennent à nous manquer. [Isaac Asimov] lire la suite